L’action de la France en matière de développement

Ouvert en 2007, le bureau de l’Agence Française de Développement (AFD) au Caire est venu renforcer sur le terrain la coopération économique et sociale mise en œuvre par les autorités françaises en Égypte. L’AFD est la banque publique de développement française dans les pays émergents. En dix ans de présence dans le pays, le Groupe AFD (l’AFD et sa filiale Proparco en charge du développement et de la promotion du secteur privé) s’est affirmé comme un partenaire important et reconnu auprès des autorités publiques, des différents acteurs économiques (banques, groupes industriels privés) et de la société civile. À l’écoute des besoins de la population égyptienne, nos interventions répondent à deux enjeux prioritaires pour le Groupe AFD, soutenir la mise en œuvre des « Accords de Paris – COP 21 » (climat) et contribuer au Lien social. Nos actions se concrétisent par (i) le financement de projets structurants à fort impact socio-économique sous forme de prêts bonifiés ou de lignes de crédits, (ii) le financement des réformes publiques via des prêts de politique publique sectorielle et (iii) l’utilisation d’enveloppes de subvention pour mettre en place des programmes d’assistance technique et de renforcement de capacités auprès des maitrises d’ouvrage publiques des projets financés.

Dans le contexte de transition économique dans laquelle s’est engagée l’Egypte à travers les réformes que son gouvernement a décidé de conduire, l’AFD a adapté sa stratégie pour répondre au mieux aux défis économiques et sociaux auxquels fait face l’Egypte. Ses activités accompagnent la mise en œuvre de la stratégie de réformes structurelles appuyée par le FMI, tout en contribuant à l’atténuation de leurs impacts sur les populations fragiles. Les interventions de l’AFD, qui entendent répondre aux demandes prioritaires du gouvernement égyptien d’accompagnement de la transition économique, s’organisent autour de trois axes principaux :

Le premier axe
d’intervention prioritaire identifié par l’AFD a été celui de l’appui aux investissements structurants, afin de répondre aux enjeux du Climat, de la « Ville Durable » et de gestion des ressources naturelles. Pour exemple, l’AFD finance la ligne 3 du Métro du Caire, l’extension de la station d’épuration d’Alexandrie Est (traitement des boues), des centrales solaires privées près de Benban (Haute-Égypte), le raccordement au réseau de gaz naturel pour les ménages défavorisés…

Le deuxième axe d’intervention prioritaire de l’AFD est le soutien au secteur privé et à l’emploi via le renforcement du tissu entrepreneurial. Nous avons mis en place des financements dédiés (lignes de crédits) et innovants (fonds de garantie) pour développer le tissu industriel et la création d’emplois. Pour exemple, l’AFD finance des lignes de crédits auprès de la National Bank of Egypt (NBE), de la Commercial International Bank (CIB), de la National Bank of Kuwait – Egypt (NBK) et de la Medium, Small & Micro Enterprise Development Agency (ancien Social Fund for Development), qui ont permis à des milliers de micro, petites et moyennes entreprises de bénéficier d’un accès au crédit dédié. Afin de soutenir le développement rural, l’AFD a contribué au montage d’un fonds de garantie destiné aux petits agriculteurs.

Le troisième axe d’intervention prioritaire vise à renforcer les bases d’une cohésion sociale (protection sociale, santé, amélioration de vie dans les quartiers précaires, formation professionnelle). L’AFD a développé une coopération solide avec le ministère des Finances, le ministère de la Santé et de la population et le Ministère de la Solidarité Sociale. Plusieurs actions sont menées afin de soutenir la mise en place de la nouvelle couverture de santé universelle : financement de l’amélioration de la prise en charge des malades, de la prévention et de la qualité générale des soins dans les centres de santé primaire, qui sont la porte d’entrée pour les familles aux services de santé publics égyptiens.

Afin d’accompagner l’Egypte dans la mise en œuvre de ce vaste programme de transition économique. Nous avons ajusté notre palette d’outils financiers pour répondre au mieux aux défis économiques et sociaux auxquels fait face le pays et sa population. Il ne suffisait plus de travailler seulement en financement de projets sur des projets ciblés, mais de renforcer le dialogue sectoriel avec les autorités publiques et d’en améliorer la gouvernance. Notre réflexion a été double : (i) technique (élargir notre palette d’outils financiers) et (ii) stratégique (chercher à atténuer les effets socio-économiques des réformes sur la population). L’AFD a mis en place des enveloppes importantes de dons pour développer des programmes de gouvernance favorisant la modernisation des institutions publiques, le renforcement de compétences, l’autonomie et la création de nouvelles autorités de régulation (secteur gazier, transport urbain, énergies renouvelables). L’AFD octroye des prêts de politique publique sectorielle directement affectés au budget de l’État. Ces prêts ont pour objectif la réalisation d’actions critiques et rapides (adoption de lois, modification de statuts, libéralisation) permettant de créer de nouveaux environnements légaux, réglementaires, d’affaires et sociaux indispensables au succès des réformes. Notre premier prêt de ce type a été signé à Paris lors de la visite du Président Abdel Fattah Al-Sissi en octobre 2017, et vise à appuyer trois axes de la réforme du secteur de l’énergie (gouvernance, efficacité énergétique, énergies renouvelables), un second prêt de politique publique a été octroyé en Juin 2018 d’appui à la mise en œuvre de la réforme de la protection sociale. Ce financement est assorti d’un programme d’assistance technique et de renforcement de compétences de deux millions.

La lutte contre le changement climatique et la mise en œuvre des Accords de Paris (COP 21) est l’objectif direct ou sous-jacent à toutes nos interventions. Une attention particulière aux enjeux climat est portée sur tous les projets financés par le Groupe AFD. Nous finançons des projets à fort impact sur la réduction des émissions de CO2 tels que des projets de transports urbains ou d’énergies renouvelables. Nous participons aussi auprès du ministère de l’Environnement à la mise en place d’un programme de dépollution, et auprès du ministère de l’Agriculture à l’amélioration de la gestion de la ressource en eau (irrigation et assainissement) dans le Delta (projets d’adaptation climatique). Pour exemple, l’investissement dans l’énergie renouvelable est une priorité pour l’AFD et le gouvernement égyptien. La Stratégie énergétique de l’Egypte à horizon 2035 a été adoptée par le Conseil Suprême de l’Energie en octobre 2016. Le gouvernement y affiche des objectifs ambitieux dont l’un des objectifs principaux est de diversifier le mix énergétique, sécuriser l’approvisionnement énergétique et le réseau de transmission électrique. La réduction de la dépendance à l’énergie gazière via la diversification du mix énergétique est un enjeu prioritaire. Parmi les alternatives au gaz, les énergies solaires et éoliennes offrent la perspective d’une ressource domestique abondante et renouvelable, avec des coûts devenus très compétitifs. Pour les développer, l’Etat, qui joue un rôle de développeur et d’exploitant public à travers la New and Renewable Energy Authority (NREA), mise essentiellement sur l’ouverture du marché au secteur privé et s’est doté du cadre réglementaire et juridique indispensable au développement des investissements dans les énergies renouvelables. Pour accompagner le gouvernement dans la réalisation cet objectif, le Groupe AFD s’est très impliqué dans le développement des énergies renouvelables en Egypte à travers le financement de 8 projets solaires et éoliens contribuant à l’installation de 650 à 700 MW de nouvelles capacités : financement de la 1ère centrale photovoltaïque publique de 26 MW à Kom Ombo ; financement d’une Ferme éolienne publique dans la région du Golfe de Suez (200-250 MW) ; Financement d’une étude de faisabilité pour une nouvelle ferme éolienne publique dans la région du Golfe de Suez (200 MW). Via Proparco et dans le cadre du programme BENBAN, le Groupe AFD participe au financement de la construction et de la mise en service de cinq centrales solaires privées de 225 MW pour un montant total équivalent à 116 millions d’euros. D’une puissance totale installée de 1,8 GW, ce programme est le plus large complexe solaire à être construit au monde. Il s’agit également du premier programme de tarif de rachat garanti (« Feed-in-tariff ») en Egypte. Le Groupe AFD y accompagne les investisseurs français EDF Energies Nouvelles, Access Power, EREN Renewable Energy SA, Voltalia, ainsi que la société égyptienne ELSEWEDY ELECTRIC contribuant ainsi à développer les échanges de coopération technique franco-égyptiens. Ces 5 centrales permettront d’éviter des émissions de plus de 3,8 millions de tonnes de CO2 et de créer plus de 7 000 emplois directs et indirects.

L’un des axes transversaux prioritaires de la stratégie AFD pour renforcer le lien social est la réduction des inégalités entre les hommes et les femmes. Cet enjeu est particulièrement suivi en Egypte. Les femmes y constituent un groupe particulièrement vulnérable et marginalisé au sein de la société, malgré l’existence d’un cadre juridique assurant leur accès au marché du travail. Les obstacles rencontrés par les femmes, quant à l’accès au marché du travail, les relèguent à des emplois non valorisés et précaires et les excluent souvent des processus décisionnels de la sphère économique et sociale. Le 28 mars 2016, le président El Sisi a déclaré, encouragé par le National Council for Women (« NCW »), l’année 2017 comme l’année nationale des femmes, ce qui reflète l’importance donnée par le gouvernement aux enjeux de la condition féminine. Le NCW a depuis présenté de nouveaux projets de loi, dont la Loi sur la violence à l’égard des femmes, le Code du statut personnel et le droit de l’héritage. La Stratégie nationale « Genre » égyptienne a ainsi été lancée officiellement en mars 2017 au siège des Nations Unies. La réduction des inégalités hommes-femmes est aussi un axe transversal prioritaire de la politique française d’aide au développement. Assurer l’égalité des sexes est indispensable à l’amélioration des indicateurs de développement. Elle est une condition impérative pour lutter efficacement contre la pauvreté et promouvoir les piliers du développement durable économique, social et environnemental. Dans tous nos projets, des indicateurs d’impacts sont mis en place pour s’assurer que les femmes bénéficient des mêmes retombées positives du projet. Nous souhaitons aussi financer des projets exclusivement destinés à l’émancipation économique des femmes. Pour exemples : dans le cadre du projet de modernisation du réseau d’irrigation dans le delta du Nil et de meilleures pratiques de gestion de l’eau, financé par la Banque mondiale et l’AFD, nous avons constaté une participation accrue des femmes aux activités d’irrigation à la ferme. Des centres de formation (« Farmer Field Schools ») ont été mis en places dans les zones rurales défavorisées au plus près des fermiers pour leur donner une meilleure connaissance des pratiques agricoles les plus efficients en termes d’irrigation et de cultures à la parcelle. Dans ces centres plus de 25% des fermiers sont des femmes. Par ailleurs, dans le cadre d’une ligne de crédit en faveur des micro-petites et moyennes entreprises mise en place avec l’ex-Social Fund for Development, institution restructurée et nommée désormais « Micro, Small and Medium Enterprise Agency » (MSMEDA), au vu des résultats obtenus (25% des PMEs ayant bénéficié de ce financement sont des PMEs dirigées par de femmes), nous avons pu constater qu’il existe une demande dynamique de financement de l’entreprenariat féminin. L’AFD et MSMEDA sont donc en cours d’instruction d’une nouvelle ligne de crédit dédiée exclusivement au financement des activités de micro finance et des MPME dirigées par les femmes pour développer et accroître leurs activités associé à un programme d’assistance technique de 2 à 3 ans pour renforcer les capacités de MSMEDA dans le domaine du genre (appui au déploiement de la stratégie genre, renforcement de l’unité genre, élaboration d’outils de suivi/reporting, formation des équipes, animation de partenariats). Nous travaillons aussi beaucoup sur cette thématique avec la société civile et les différentes ONGs partenaires de l’AFD.

La plupart des interventions du Groupe AFD sont réalisées en cofinancement avec d’autres bailleurs de fonds, en privilégiant le partenariat avec l’Union européenne. En complément des financements octroyés, des programmes d’assistance technique sont souvent mis en place auprès des opérateurs et maîtrises d’ouvrage pour renforcer l’expertise locale et pour appliquer les meilleurs standards internationaux (normes techniques, sociales et environnementales) lors de la réalisation des projets. Ces programmes sont financés par des dons directs des bailleurs ou des dons délégués par l’Union européenne. L’AFD organise aussi avec les ministères techniques des séminaires de travail, des formations destinées aux professionnels du secteur qui permettent de se concerter sur la pertinence, le calendrier des différentes opérations et actions de tous les acteurs, d’échanger, de former et de planifier des actions en coordination active. Ainsi nous avons organisé pour exemple, deux Forums de Mobilité Urbaine en 2016 et 2017, plusieurs workshops avec l’OMS sur les enjeux et la mise en place de la réforme de l’Assurance-Maladie, des formations managériales pour la Holding de l’Eau (HCWW)... Par ailleurs, l’AFD est co-présidente de deux groupes de bailleurs de fonds sous l’égide des Nations Unies, pour le secteur des Transports et pour le secteur de l’Energie & de l’Environnement. Ces groupes sont des plateformes d’échanges d’expertise, de retour d’expérience, d’informations.

En partenariat avec le Ministère de l’Investissement et de la Coopération internationale, le Groupe AFD a engagé plus de 2 milliards d’euros en Égypte et poursuit ses actions d’échanges et interactions avec les acteurs publics, privés et de la société civile. Nous collaborons avec la société civile pour être au plus près des populations défavorisées ou oubliées. En Égypte, nous soutenons l’action d’organisations non gouvernementales françaises, en coopération avec le ministère de la Solidarité sociale, pour la formation professionnelle et l’employabilité des jeunes et des femmes (Institut Européen de Coopération et de Développement, Plan International) et pour la prise en charge des enfants des rues (Samu Social International). Notre partenariat avec la Fondation Sawiris pour le Développement nous permet de joindre nos efforts respectifs dans le soutien aux initiatives communautaires.

L’AFD communique très activement, tant auprès du Grand Public pour des actions de prévention/sensibilisation (participation à la campagne HELM/BASSITA sur les réseaux sociaux pour l’aménagement des rues autour de l’Université du Caire pour les personnes à mobilité réduite…) et des actions de valorisation du patrimoine culturel (réalisation d’une exposition sur l’histoire du tramway de Raml à la Bibliotheca Alexandrina, installation de panneaux d’informations sur le site de la nécropole de Saqqara), qu’auprès de l’ensemble des acteurs économiques comme cela est le cas, pour exemple, lors de la semaine de la Fabrique de la Ville Durable d’octobre 2017.

Dernière modification : 30/07/2018

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